Le docteur Sarrafzadeh n'a rien du docteur Frankenstein ; la créature virtuelle qu'il a façonnée, joliment baptisée Ève, est pleine de bonnes intentions : elle s'adapte aux réactions qu'elle identifie chez l'élève, pourvu que celui-ci ait pensé à brancher sa webcam...
Chercheur et maître de conférence à l'université Massey d'Auckland (Nouvelle-Zélande), spécialisé dans les systèmes ATS (Affective Tutoring Systems) et MT (Machine Translation), le docteur Sarrafzadeh a donc inventé une jeune femme, qui enseigne les mathématiques en cours individuel à des enfants de primaire, moderne juste ce qu'il faut : coiffée à la "garçonne" (expression désuète), vêtue en sportswear.
Mais Ève n'est que l'un des éléments - en l'occurrence l'avatar ou l'agent, comme on préfère - du système tutoriel intelligent "Facile avec Ève"...
La capacité du système à reconnaître les émotions, ou plus généralement les états affectifs ("je suis complètement largué..." - "ça y est, j'ai compris !" - "j'en ai marre"...) qui transpirent des mimiques, attitudes, expressions que les élèves laissent échapper via le réseau, cette capacité est construite sur des milliers d'enregistrements vidéos de nos chers enfants en situation d'apprentissage.
Facile avec Ève a été testé sous la forme d'un prototype dans des écoles primaires, à Auckland, en Nouvelle-Zélande.
Les applications d'un tel système peuvent être étendues à de multiples domaines commerciaux ou non : centres d'appels, secteur de l'éducation, industrie du jeu et des loisirs, domaine médical...
Il est même question d'étendre la capacité sensorielle du système tutoriel en le complétant d'une souris (très) spéciale qui prendrait à distance le pouls de l'élève... Pourquoi pas ?
(Réminiscence : au plus fort de la bulle Internet - quand il suffisait de marquer son business plan d'un "dot com" pour obtenir le pactole, un afficionado (sans doute) de Süskind avait réussi à financer son projet de télétransmettre des parfums via l'Internet.)
Source : Journal Le monde