Quand un rapporteur ne mâche pas ses mots, il suffit de relever les titres des chapitres pour se faire une première idée, assez juste, de la tonalité du document... Les plus curieux des lecteurs pouvant toujours se plonger dans les méandres d'un rapport qui compte plusieurs centaines de pages.
Florilège :
Intitulé « Une offre de formation inadaptée », le premier chapitre met d'emblée la balle dans le camp des organismes de formation. Ils sont en effet en première ligne dans la création d'une offre qui réponde véritablement aux exigences de la formation professionnelle tout au long de la vie...
Les griefs sont précis : une offre de formation professionnelle initiale trop éclatée, une gestion trop contraignante et des résultats insuffisants... La formation continue n'est pas mieux lotie : elle est vue comme hétérogène, s'adaptant difficilement aux besoins des entreprises et des salariés ; et les prestataires publics de formation sont montrés du doigt : ils auraient, semble-t-il, quelque difficulté à faire évoluer leur offre avec la demande... Suit logiquement des conclusions sur l'incapacité globale de l'offre à sécuriser les parcours professionnels, notamment des moins qualifiés, ainsi que l'insuffisant développement de la VAE, tout de même saluée comme innovante...
Le meilleur arrive, il concerne les financements : « considérables mais cloisonnés », dispositif de financement « complexe » avec des coûts élevés... Le rapporteur a beau jeu de souligner le manque de transparence du financement de l'apprentissage, l'insuffisante mutualisation des fonds, l'hétérogénéité du réseau de collecte ou l'opacité de la gestion paritaire... Et l'on ne lui donnera pas tort : essayez donc d'expliquer ce système à un organisme de formation étranger... et vous obtiendrez une moue amusée (Ah! Ces Français !) ou les signes d'une belle incompréhension... dans un certain nombre de cas, la renonciation de l'organisme à ouvrir un bureau de formation sur notre cher vieux marché... bénéfice secondaire qui a permis à nombre d'organismes bien de chez nous de conquérir des marchés extérieurs sans trop avoir à se soucier d'être bousculé sur leur marché intérieur.
Ces maux étant connus de longue date, et les réformes passées n'y ayant pas changé grand chose, l'on ne s'étonnera pas que le dernier chapitre pointe l'« absence de stratégie » que traduisent ces compétences éclatées et concurrentes à tous les niveaux, ce pilotage insuffisant ou l'évaluation « introuvable » (le mot est savoureux).
On n'échappera pas au passage du Rhin : que font les Allemands en la matière ? Vous le trouverez à la fin du rapport, comme un exercice obligé : mené sans doute des centaines de fois depuis un demi-siècle, ce benchmarking a le mérite de nous aider à pressentir qu'un autre futur est possible...
La lecture approfondie du rapport, et des droits de réponse qui figurent en annexe, nous éclairera peut-être sur la conception du rapporteur, notamment, par exemple, quant au rôle que doit conserver la réglementation, ou à la solution qui permettra de résoudre les distorsions de concurrence entre les organismes privés et publics ?
Si l'on convient aujourd'hui, avec le retour en force de l'État, que la formation professionnelle ne doit pas être laissée au seul jeu des forces du marché, la situation décrite dans le rapport n'en résulte pas moins d'un empilement de réglementations, véritable nuage d'encre derrière lequel se dissimulent des enjeux qui n'ont pas toujours grand chose à voir avec la formation.
L'heure semblerait à la simplification : chiche !





Rapport de la Cour des Comptes : nouvel avis de tempête sur la formation professionnelle ?... 






