Demande encore modeste (comparée par exemple à l’informatique), l’externalisation de la formation fait un lent chemin dans l’esprit des décideurs.
L’enquête réalisée par Demos Outsourcing (filiale du Groupe Demos) et l'EOA France à la fin de l’automne auprès d’un panel d’entreprises de plus de 150 salariés le montre : 37% d’entre elles ont un projet d’externalisation. Mieux : 21 % ont déjà démarré dans ce sens.
La plupart des entreprises sondées consacrent 2 à 3% de leur masse salariale à la formation de leurs salariés (en conformité avec les résultats habituels) ; 85,7% d’entre elles dépensant plus que le minimum imposé par la loi – ce qui pousse un cercle grandissant d'acteurs professionnels à considérer que celle-ci a cessé d’être incitative.
Ce que les entreprises attendent de leur service de formation : la mise en place d’une politique de gestion des compétences, l’intervention plus en amont dans la définition des besoins et l’optimisation des coûts pédagogiques. Traduction : il s’agit d’aligner le système de formation sur le business de l’entreprise et d’en optimiser le coût (et pas seulement le coût pédagogique) ! Attentes largement insatisfaites si l’on en croit les sondés qui jugent leur entreprise encore peu mature dans ces domaines… On ne saurait s’en étonner.
Raisons invoquées pour externaliser : d’abord la "complexification de la législation" – l'expression est savoureuse : c’était déjà complexe et ça ne s’arrange pas. Le besoin de création de valeur lui aussi évoqué laisse à penser que les services de formation ont encore du pain sur la planche pour convaincre la direction de l’entreprise. Autre motif, moins clairement formulé : les variations d’effectifs et fluctuations de l’activité RH...
Si les motifs sont bien établis, les freins restent importants. Les entreprises craignent principalement d’être dans la dépendance de leur prestataire et de perdre du savoir-faire.
Les leçons que l’on peut tirer des projets d'externalisation bien menés prouvent au contraire qu’une fonction externalisée peut toujours être ré internalisée dès lors qu’un certain nombre de conditions ont été respectées (définition du périmètre d’externalisation, choix du prestataire, qualité du contrat, capacité à assurer le pilotage en interne...) ; aussi cette externalisation est l’occasion pour l’entreprise de repenser les processus de sa fonction formation et d'en développer la valeur ajoutée interne.
Ceci dit, le principal obstacle affiché est tout simplement que les entreprises considèrent « ne pas être prêtes ». Ce dont elles ne se félicitent pas compte tenu des avantages qu'elles prêtent à l’externalisation. Notamment, outre ceux déjà mentionnés, la possibilité de bénéficier de conseils d’experts ou de se mettre plus rapidement en conformité avec l’environnement légal. Sans oublier, bien entendu, la réduction des coûts invoquée par les entreprises qui ont un projet (43% d’entre elles).
Encore faut-il que les volumes de travail justifient cette approche… On comprend que la majorité des entreprises ayant déclaré un tel projet soient d’une taille déjà conséquente : de 750 à 3000 salariés, et que la DRH soit en première ligne comme décisionnaire clé dans le choix d’externaliser.
Autre paramètre non pris en compte par l'étude : le différentiel des coûts salariaux entre l'entreprise et le prestataire. L'externalisation IT s'est fortement développée grâce à l'offshoring (externalisation dans des pays à faibles coûts salariaux). Rien de tel n'apparaît ici rapidement possible, compte tenu (justement) de la complexité de notre législation de la formation : probablement vouée à demeurer "française" encore longtemps, l'externalisation de la formation perd du coup beaucoup de son intérêt.
Les entreprises ont opté pour la prudence ; on les comprend. On aura toutefois noté que les PME utilisent une forme réduite d'externalisation... auprès de leur OPCA !
Michel Diaz





Outsourcing de la formation : un marché émergent... 







